A ton étoile
Les RTT, ça ne sert pas qu'à se faire rendre la monnaie de sa pièce au moment où on s'y attend le moins, ça sert aussi à aller au ciné à des heures improbables, par exemple 16h, et le luxe c'est peut-être bien ça...Stella a illuminé mon vendredi, et sans doute mon week-end entier, et peut-être bien ma semaine complète. Elle rentre en 6ème que je ne suis pas encore née, mais à une génération d'écart nos arrivées au collège ont tout de même quelques similitudes émouvantes : la découverte du monde des riches et de la Culture, la prise de conscience de la médiocrité de notre milieu d'origine, les doutes permanents sur ce qui est de bon goût ou de mauvais goût, sur ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Dans le juke box du café familial c'est Sheila, Daniel Guichard et Eddy Mitchell qui ont la primeur, rien à voir avec l'album de Lavilliers découvert chez la copine de classe fille de psy...Stella m'a fait penser à Annie Ernaux aussi.
La copine du Nord de Stella lui écrit au dos d'une photo d'Alain Delon qu'elle lui offre "Mon coeur est accroché au tien comme une crotte au cul d'un chien !" : sincère mais vulgaire, vulgaire mais sincère...A Noël, après avoir tourné les serviettes l'oncle trempe sa bite dans le champagne, c'est ça la fête chez les prolos...Je me sens encore souvent entre deux, entre le respect pour la sincérité, la simplicité et le dégoût de la vulgarité...Je déteste l'adulation des gauchistes classes moyennes pour les prolos, car s'ils savaient ce que c'est que de vivre dans la médiocrité ils ne seraient pas si naïfs sur le monde merveilleux des pauvres...et je suis mal à l'aise avec le mépris des bourgeois pour les prolos, comme lorsque surgissent dans la salle des cris offusqués lors des scènes de la carte d'Alain Delon ou du champagne ou lors des moqueries et des consternations pour des prénoms, des copies, des activités, des attitudes "populaires". Il m'arrive d'être auteure ou complice, et alors je me sens traître à ma classe. Stella m'a donné envie d'assumer mieux mon mauvais goût et ma culture vulgaire !

Stella est un très chouette film, très émouvant. Tout le film j'ai attendu dans la crainte la scène de l'atteinte à son corps par un homme adulte de son entourage, ça se sentait que ça viendrait, comme ça semble inévitable pour chaque enfant, qui plus est une petite fille, d'arriver à l'âge adulte sans jamais avoir rien subi de ce genre...Quand j'étais en 6ème je prenais ça pour une fatalité, pour un mauvais moment à passer, et il m'a fallu tout ce temps pour comprendre que les mains au cul subies et tout le reste ça n'est pas normal. C'est bizarre ce déni dans lequel beaucoup d'entre nous sommes...
Publicité