White and black blues

Publié le par Free Wheel

    Ma dernière manif à Paris, ça devait être pour les 30 ans de la loi Veil en janvier 2005...ou peut-être une marche des fiertés, sans plus autant de plaisir qu'avant...Et ma dernière manif de jeunes c'était contre le CPE à Rennes : on avait animé une sorte de bloc féministe-trans-pédé-gouine des plus réjouissants et exaltants !
Mardi dernier, nous voilà à République pour faire la manif avec les jeunes et les profs : l'enthousiame ambiant fait plaisir à voir et me rappelle mes premières manifs. Rien à voir avec ces tristes manifs d'adultes aujourd'hui...Après 1/2 heure de piétinement c'est parti, et assez rapidement le malaise s'installe en moi : sur la rue défilent des Blanc-he-s, sur les trottoirs vont et viennent d'avant en arrière des Noirs en petits groupes. J'ai des visions de bus aux Etats-Unis, les Blanc-he-s à l'avant, les Noir-e-s à l'arrière.
    Puis on dépasse le cortège de Force Ouvrière. A Paris comme à Rennes un beugleur hurle des slogans grâce à une sono surpuissante :
  • "Pas de stage pendant les vacances !" : bizarre de parler de vacances comme les enfants, et pas de congés
  • "Touchez pas à la République !" : complètement hallucinant quand on a sous le nez la preuve que nous ne sommes pas en République justement tellement la ségrégation entre Blanc-he-s et Noirs saute aux yeux !
    La tension monte, on se retrouve nous aussi à faire demi-tour en courant quand on perçoit un mouvement de foule. Je me rends compte que j'ai très peur : ce n'est sans doute pas pour rien que je ne me suis jamais retrouvée dans des manifs qui dégénèrent. On décide de prendre le large avant la dispersion qui s'annonce musclée à Nation. En remontant une rue perpendiculaire à la manif on tombe nez à nez avec un groupe de 200 jeunes garçons cagoulés, énervés, qui commencent à casser des voitures. Je suis très émue.

    Qu'il n'y ait pas de filles, je le comprends : ce n'est pas qu'elles snt plus sages naturellement comme veut le faire croire Ni Putes Ni Soumises, c'est seulement que socialisées comme des filles, comme moi, elles ne sortent pas et n'utilisent pas la violence de cette façon si démonstrative et si immédiate.
Pour le reste, pour ces groupes de garçons encagoulés, j'ai besoin de recul, et de littérature. Je trouve du réconfort dans "Une année en France : referendum / banieues / CPE", ouvrage collectif mi-littéraire mi-sociologique mi-essai politique de François Bégaudeau, Arno Bertina et Olivier Rohé :
    "...le jeu invente un groupe et c'est aussi le début de la politique. Un groupe qui se fédère dnas le défi,         dans l'adrénaline. Dire qu'il y a eu du jeu dans les émeutes de novembre (2005), du défi de cité à cité, de     la surenchère comme entre potes on en fait toujours plus, c'est-à-dire trop, ce n'est pas redire d'une             manière amicale quelque chose d'insultant (qu'ils sont dépolitisés, nihilistes, incultes ou noirs). C'est dire,     au contraire, que la politique, à l'évidence, commence ici : dans le jeu, le fait d'être ensemble, dans cette     excitation manifeste à faire courir les flics,  à faire quelque chose qui les arrache au désoeuvrement."


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Publié dans Comme elle vient

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D
merci pour ces quelques pistes d'analyse sur une réalité qui met en effet mal à l'aise!
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